par Danièle Adahi B. in LIAISONS SOCIALES HANDICAP N°001 FÉVRIER – MARS 2017 |0

PARCOURS ET REUSSITE
KOUAKOU N’gBRA GUILLAUME CHARBEL
: LA DÉTERMINATION D’UN AVEUGLE

Je suis aveugle, seizième d’une
fratrie de dix-sept enfants, né le 10 décembre 1974.
Mon père Konan Kouakou Gilbert, infirmier d’état, était l’économe de l’hôpital de Dimbokro et ma mère N’gbra Amenan Jeanne, ménagère.
La maîtresse du préscolaire, Madame Suzanne fut la première à remarquer mon problème de vision. Elle en informa mes parents. Papa dubitatif, m’amena tout de même voir docteur Caporal à l’hôpital de Dimbokro; il ne pût détecter mon problème.
Ma maîtresse continua à interpeller mes parents, principalement ma mère qui en m’observant de plus près, se rendit compte que c’est mon frère aîné qui faisait les courses à ma place. Sur insistance de maman, papa me fit consulter par un ophtalmologue à Bouaké qui confirma un dysfonctionnement au niveau de la vision. Le verdict final tombât après avoir vu deux autres ophtalmologues à Abidjan : je resterai aveugle toute ma vie. Cette nouvelle bouleversa terriblement mes parents.
Papa me trouva une place à l’école malgré mon handicap mais quelques temps après, prétextant des vacances à Abidjan chez l’une de mes grandes sœurs, je fus inscris à l’Institut National Ivoirien pour la Promotion des Aveugles (INIPA) par mes frères et sœurs. J’ai obtenu le CEPE en 1986 à l’INIPA après quatre ans d’études. Jefus orienté au Collège d’enseignement général de Yopougon, l’actuel Lycée Moderne Andokoi où j’ai obtenu le BEPC.
Une vexation subie en classe de sixième forgea ma détermination à réussir mes études.
Lors d’un cours, le professeur de mathématiques me fit comprendre qu’il n’avait pas de temps à me consacrer en tant qu’aveugle et que mon avenir se trouvait auprès des autres aveugles qui mendiaient en ville. En classe de troisième, je ravis la première place à Philippe au premier trimestre ! Au BEPC, j’obtins la note de 17 sur 20 en mathématiques et 16 sur 20 en physique, ce qui me valut une orientation en seconde C, au Lycée classique d’Abidjan. Mais faute d’encadrement, mes parents décidèrent avec mon accord de m’inscrire au collège William Ponty de Yopougon.
Des enseignants bénévoles transcrivaient les devoirs en écriture braille et les devoirs faits en braille en écriture ordinaire. En classe de Première à William Ponty, mon professeur de philosophie, monsieur Traoré me fit participer au BAC blanc de philo avec les élèves de terminal. J’obtins la note de 17sur20 contre 14 sur 20, la plus forte note chez les autres élèves! En terminale, j’ai eu 17 sur 20 en commentaire de texte au BAC blanc. Je continuais à obtenir les meilleures notes, je fus reçu au BAC littéraire en 1993 et orienté au département de psychologie pour préparer une maîtrise en psychologie génétique différentielle.
En licence, alors que j’étais admissible aux oraux de travaux pratiques de physiologie animale, le professeur dubitatif et étonné de mes possibilités, me fit reprendre à l’oral les disciplines dans lesquelles nous avons composé pour l’admission en maîtrise. Malgré de. bons résultats, je fus recalé à un demi-point de la moyenne pour valider la maîtrise.
Après un échec à l’admissibilité au concours de L’IPNET, j’ai été deuxième au concours de L’ENS sur quatre- vingt-deux candidats. L’ENS restera l’école dans laquelle j’ai connu un épanouissement intellectuel. J’ai fini ma formation major exéco de notre classe!
J’ai pris service comme conseiller d’éducation à l’orphelinat garçon de Bingerville le 1er novembre 2001 avant de rejoindre l’Institut National de Formation Sociale (INFS) le 4 novembre 2002.
Inspecteur d’éducation de par mon emploi et formateur en pédagogie spécialisée pour aveugles, j’ai contribué à créer le cycle des maîtres d’éducation spécialisée, adjoints des éducateurs spécialisés, cycles dans lesquels je dispense les cours de pédagogie spécialisée et exerce mes attributions d’inspecteur d’éducation.
Si l’écriture braille est l’écriture traditionnelle des aveugles, ses limites m’ont amené à adopter l’ordinateur et ses variantes comme outil de travail. J’ai été distingué par le Président Alassane Ouattara en 2015, lors de la cérémonie de lancement du projet un citoyen, un ordinateur, une connexion, je faisais partie des cinq personnes retenues lors des épreuves de sélection, seul aveugle parmi les lauréats.
Propos recueilli par Danièle Adahi B.

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