LA RELATION PÉDAGOGIQUE DANS L’ENSEIGNEMENT DE L’AVEUGLE

LA RELATION PÉDAGOGIQUE DANS L’ENSEIGNEMENT DE L’AVEUGLE

La scolarisation de l’aveugle a fait l’objet de questions di verses:
-L’aveugle a-t-il une intelligence, une mémoire, des fonctions mentales supérieures qui lui permettent d’être scolarisé? ;
-Quels sens suppléent la vue dans l’apprentissage scolaire de l’aveugle ?
-Quels métiers issus de l’école l’aveugle peut-il exercer ?
Les réponses des préoccupations susmentionnées ont abouties aux conclusions suivantes : soumis aux même finalités scolaires que ceux qui voient (le savoir-faire le savoir-faire faire le savoir-être, le valoir-être), les « aveugles sains » doivent être aussi instruits par le canal de la pédagogie ordinaire.
Toutefois, l’absence de vision exige la mise en œuvre de procédés particuliers dans l’exécution des programmes scolaires.
Le dialogue du regard, l’information liée aux gestes, aux attitudes et aux postures, l’information silencieuse à distance, le tableau noir, constitueront ici les principaux points de notre réflexion. Le dialogue du regard touche toutes les variantes objectives et subjectives : clins d’œil, gros yeux, regards en coin, yeux grands ouverts…. Chaque expression joue un rôle. Que de situations se vivent, se nouent et se dénouent, sans un mot, dans une classe de voyants.

Pour y pallier, deux solutions sont vécues : la relation vocale et la relation tactile. Si tout peut être dit et sous des formes extrêmement diversifiées, cette intervention perd le caractère discret, éminemment personnel du dialogue du regard, informe tout le groupe et distrait les voisins qui se concentrent sur leur travail. Par contre, le déplacement du maître vers l’élève, la main amicale posée sur l’épaule, la saisie énergique des deux épaules ou la tête redressée à deux mains, etc. Autant de contacts personnels silencieux mais qui exige davantage de temps et d’énergie, tout en suscitant chez les autres des interrogations sur le déplacement…
Deux cheminements différents pour aboutir à un résultat quasi équivalent : interroger, rectifier, encourager… mais créant dans leurs déroulements des conditions particulières
L’enfant aveugle doit se déplacer, aller aux choses (alors que celles-ci accrochent l’œil du petit qui voit.), engager un dialogue tactile tâtonnant, fragmentaire, successif, exigeant de l’activité physique et un effort de construction mentale intense. Le tableau noir joue un rôle unificateur du groupe classe, en étant le support d’informations et de travail collectif. La présence au tableau de la date du jour, de telle ou telle pensée d’homme célèbre, d’un résumé de leçon ou d’un mémorandum des devoirs à faire, meuble un horizon, constitue un recours disponible pour ceux qui oublient et un rappel précieux pour tous, imprègne plus ou moins consciemment les esprits.
Aucune suppléance pour les aveugles ne le remplace vraiment :
les feuilles en braille, fournissant les mêmes informations, sont individuelles et présentent à l’élève, que lorsqu’il fait l’effort de les prendre et de les lire.
De même, les travaux collectifs, documentations, démonstrations, devoirs, corrections…) réunissent les élèves sur un même objet, au même moment.
Les démonstrations au tableau noir, devant des aveugles ou des amblyopes profonds, exigent des précisions de langage :
il faut éliminer « cet angle égale cet angle », « cette partie peut s’enlever… », « quand ceci se produit, ici s’exerce toute la pression », etc.
autant de phrases compréhensibles quand un geste précise chacune d’elles sur une figure ou un schéma dessiné au tableau, mais énigmatiques pour ceux qui ne voient pas ou très mal.
Débrouillés, des lycéens peuvent, à cette condition, suivre des démonstrations au tableau noir, en classe ordinaire. Mais pour l’acquisition de base, il conviendra que chaque élève dispose d’un matériel individuel ou passe, à tour de rôle, observer l’objet : dans l’un et l’autre cas, l’individuel prime sur le collectif, le rythme se ralentit, le maître reprend pour chacun ses exemples l’unité du groupe classe se dilue.

ACTIVITÉS LIÉES A L’IMAGE

Sources d’information, les images visuelles apparaissent dans les travaux d’élèves : figures géométriques, cartes de géographie, graphiques, schémas ; dessins, bandes dessinées, coloriages, etc. représentent des activités essentiellement basées sur la vue, à l’école des voyants. Que peuvent faire les jeunes aveugles dans toutes ces activités ? Que peuvent également les jeunes amblyopes ? 

Pliage de papier
En dehors des aspects enrichissants (contact et maîtrise d’un matériau très diversifié, assouplissement de la main, enchaînement de phases opérationnelles…) cette technique à la portée de tous grâce à un support très répandu et à bon marché permet des représentations assez aisées, tangibles, nettes et souvent bénéfiques.
Que permet-il de réaliser ?
Des figures de géométrie plane (carré, triangle, rectangle, losange trapèze, etc.)
des volumes (cube, parallélépipède…)
des formes (lettres de l’alphabet)
des objets (porte-monnaie, avion, bateau…)
des éléments décoratifs (guirlande, abat-jour, serviette de table…)
des êtres imaginaires (diables, …)

Outre ces sentiers déjà explorés, l’enfant peut, après l’acquisition de techniques élémentaires, donner libre cours à son imagination, à sa créativité.
Le pliage souffre souvent d’un manque de connaissance technique de la part des maîtres et des éducateurs et, surtout, d’un manque de motivation.
Si celle-ci existait, ils trouveraient les moyens de se perfectionner et de communiquer leur enthousiasme. Les efforts de Guillemet, pour restaurer cette technique, restent malheureusement encore assez stériles

DESSIN EN RELIEF
Contrairement au dessin pour les voyants, le bidimensionnel n’est pas naturel aux jeunes aveugles : ceux-ci se meuvent naturellement dans le tridimensionnel avec ses sensations de volumes, de formes, de qualités tactilo-kinesthésiques…
L’accès au dessin en relief exige toute une initiation par les jeux, les exercices sensoriels, les observations méthodiques… qui conduisent à une connaissance des codes de représentation et à un désir de création par soi-même.
Apparaissent aussi les exercices de maîtrise des instruments de traçage, les prises de mesures, l’utilisation des échelles, le choix des caractéristiques utiles et la nécessaire simplification des données de l’environnement : voilà le long apprentissage d’une technique peu gratifiante au départ. Ce n’est pas aussi simple que certains l’affirment en disant : à la maternelle, pas de problème quand les petits voyants font du dessin, donnez aux petits aveugles une feuille de plastique et un poinçon et sur la planche, il dessinera en relief. » Malheureusement pour lui, l’intérêt sera bien moindre et l’appauvrissement de la représentation.
Si le matériel de traçage est peu onéreux, le plastique revient cher, la rature est ineffaçable, le support froissable et d’une conservation aléatoire. Pour un meilleur résultat, une grande concentration d’esprit, une bonne adresse gestuelle et des bonnes représentations mentales s’avèrent indispensables.
Quelles réalisations peuvent être entreprises avec cette technique ?
Toutes les figures de géométrie plane sont réalisables, sans difficultés majeures.
La possibilité d’obtenir la figure immédiatement au recto de la feuille a supprimé toutes les difficultés antérieures du renversement.
-Les schémas de sciences, les graphiques sur feuilles orthonormées la constitution d’ensembles mathématiques sont possibles.
La cartographie s’avère plus délicate sur ces feuilles plastiques. Des aveugles la pratique avec des « bonheurs » très divers, en raison de la diversité des formes, de la difficulté d’avoir une vue d’ensemble et le sens diverses parties les unes par rapport aux autres…
Certains contournent la difficulté en donnant des formes de pays, prédécoupées dans du carton fort : dans ce cas, les jeunes aveugles n’ont plus qu’à poser celles-ci sur le plastique et à en faire le tour.
Les dessins figuratifs de personnages, d’animaux, d’objets, voire de paysages… restent très pauvres.
Les possibilités du dessin en relief sont réduites, la pluralité de plans sur une même feuille, les perspectives déroutantes, les jeux de lumières et de couleurs inexistants, les dimensions de feuilles très restreintes et le pouvoir discriminateur du doigt nettement moins performant que celui de l’œil, ce qui oblige à espacer les « représentés », autant d’aspects réducteurs, des attraits du dessin des voyants.
Conscients de ces limites, donnons au dessin en relief la place qui lui convient, tout en se gardant de la tendance à fantasmer .


Copyright Cabinet Hanhimanti. Tous droits réservés.
Technologie web développer par ALTERNATE SYSTEM Michaël Lurkin). Hanhimanti.com utilise le logiciel libre WP-Ultime.

L'interface de ce site est optimisé pour les ordinateurs pc/mac ainsi que pour tout les terminaux mobile.